Novembre 2016, Annaba, Algérie

En tournée dans le pays pour présenter le nouvel album de Speed Caravan, Mehdi Haddab demande à rencontrer Hamdi Benani, le godfather du malouf,  la musique andalouse de l’est algérien et l’invite sur scène, pour lui témoigner son respect  et plus si affinités…

Entre deux riffs de oud saturé, façon tronçonneuse orientale, Hamdi Benani débarque donc sur scène, tout de blanc vêtu et Mehdi comprend alors que ce que l’on dit de lui est vrai : une classe internationale, le charisme et la prestance d’un Sinatra du Maghreb  et surtout un talent exceptionnel et tout terrain entretenu par 60 ans de carrière au service de la musique andalouse.

Mehdi découvre aussi chez Hamdi Benani la curiosité et l’énergie d’un jeune homme capable de charmer les 50 chefs d’Etat devant lesquels il s’est déjà produit ou l’envoyé spécial de Rolling Stone Magazine qui était dans la salle ce soir de novembre 2016 à Annaba…

Le Cheikh Benani est quant à lui impressionné par le grand écart permanent que réussit Speed Caravan, là ou d’autres imprudents se font de méchants claquages: Mehdi le virtuose furieux est effectivement le chaînon manquant entre la  musique andalouse et Angus Young que l’Algérie et la France, l’orient et l’occident attendaient…

Printemps 2017: Highway to Malouf

De retour en France avec dans ses bagages les 30 albums du général Benani comme  il le surnomme affectueusement aujourd’hui, Mehdi écoute tout, dissèque, malaxe, triture, ajoute des basses ici, des boucles là, des beats électro ailleurs, sans jamais s’éloigner de l’essentiel : le malouf de l’est algérien et sa précision suisse centenaire, encadrée par le violon et la voix du boss…

Hamdi Benani est convaincu par ce qu’il entend.   Le frisson qui lui parcourt l’échine quand il s’acoquine ainsi n’est finalement pas si désagréable, n’en déplaise aux Ayatollahs andalous d’ici ou d’ailleurs : la musique change, évolue, comme les langues et les pays…

Il répond banco et accepte de se mettre en danger, de pousser ses limites : de reprendre la route avec un groupe de rock et quelques piliers bien choisis de son orchestre annabi, au service de ce répertoire centenaire auquel Mehdi apporte insolemment et respectueusement de nouvelles couleurs heavy…

D’autres que lui, à 76 ans, auraient choisi à sa place la tranquillité: continuer de régner paisiblement sur le Maghreb oriental, en attendant, attablé à la Caroube devant un steak d’espadon, les invitations habituelles à jouer dans les festivals algériens ou tunisiens, les cérémonies et visites d’Etat…

C’est mal connaître Monsieur Hamdi Benani.

Automne 2018 : tournée algérienne

« Une rencontre improbable et réussie, un spectacle captivant », écrit le quotidien El Watan après le concert du 18 octobre au Théâtre régional d’Oran, dernière date d’un tour de chauffe, avant de sauter sur Paris…

Décembre 2018 : 1ère date parisienne au Cabaret Sauvage

Le Cabaret sauvage – l’Olympia des musiques orientales – accepte de coproduire avec l’Institut du Monde Arabe ce premier concert parisien. Succès : une salle charmée où se côtoient les fans de gros sons urbains et d’authentiques amateurs de malouf venus savourer la voix et le violon du cheikh Benani. 

2019 : tout s’accélère 

Parce qu’il s’est vraiment passé quelque chose ce 1er décembre sur la scène du Cabaret sauvage, l’Institut Français décide d’accompagner plus loin encore ce projet : 10 titres sont alors enregistrés et mixés à Annaba et Montreuil, les 4 premiers morceaux sortent en juillet.

Un label parisien respecté et avisé se prépare à sortir ce 3ème album de Speed Caravan…

Tarantino

Mehdi nous expliquait récemment la philosophie de cette rencontre: faire au Malouf ce que Tarantino a fait aux classiques du cinéma américain : un coup de speed insolent et respectueux.  Ce qui n’est possible qu’avec Hamdi Benani, le vrai patron de la musique andalouse, plein de rigueur, de talent, d’humilité de passion pour la musique.

Mehdi ajoutait malicieusement : «  toute la musique que j’aime, elle vient aussi de là, elle vient aussi du malouf »… 

David Brixi